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L'Impertinent

Réflexion politique et socio-culturelle française.

Disney, producteur de racisme ?

L'actrice Cynthia Erivo dans le rôle de la fée bleue (Pinocchio, 2022, Disney+)

L'actrice Cynthia Erivo dans le rôle de la fée bleue (Pinocchio, 2022, Disney+)

  Cela devient une habitude désormais. Depuis quelques années, Disney nous propose des reboots aussi inutiles que cyniques de ses propres dessins animés sortis des années 1930 aux années 90. L'une des premières adaptations live ne date pourtant pas d'hier, puisqu'il s'agissait des 101 Dalmatiens de 1997, dans laquelle Glenn Close jouait une Cruella mémorable. Depuis, Emma Stone a repris le rôle l'année dernière dans une origin story à la manière de Joker (2019) avec Joaquin Phoenix, mais ayant plus pour modèle Maléfique (2014) du même studio, où la sorcière de La Belle au bois dormant jouée par Angelina Jolie se voyait tout d'un coup humanisée et le conte original complètement revisité (ce qui a toujours été le cas lorsque Disney a adapté un conte à sa sauce au passage). Notons d'ailleurs que cette origin story comptait déjà dans son cast une actrice noire ayant repris le rôle d'Anita, employée de Cruella.

  Et si on a pris désormais l'habitude de ces reboots live depuis Alice au pays des merveilles de Tim Burton (2010) ayant lancé cette mode profitable pour Disney, on commence à s'habituer aussi des petites différences que le studio inflige à ses reboots, censés à la base être une copie live de ses dessins animés. Mais voilà, le but de la manœuvre est aussi de les remettre au goût du jour afin que les nouvelles générations les redécouvrent, comme si les dessins animés étaient devenus trop nazes pour eux... La vraie raison est surtout de capitaliser sur ses chefs-d'œuvre adulés de l'animation, qui seront sûrs d'avoir un public, même si celui-ci se plaindra des changements apportés au reboot vis à vis de l'original (ce qui en soit est ridicule, puisqu'à quoi sert un reboot si c'est pour faire exactement la même chose que le film original ?...). Et parmi ces changements, outre le scénario ou les animaux "trop réalistes" du Roi Lion de 2019, le cast d'acteurs ou actrices issus des minorités devient une question de plus en plus sensible.

  Logiquement, des Arabes ont été engagés pour jouer dans la version live d'Aladdin (et Will Smith pour succéder à Robin Williams dans le rôle du Génie) et des Chinois engagés sur Mulan, rien de plus logique jusqu'ici. Mais certains choix de cast ont commencé à faire polémique ces dernières années. A commencer par La Petite Sirène, qui sera incarnée par une actrice afro-américaine (Halle Bailey) l'an prochain. Certains n'ont pas manqué de soulever une incohérence pour un conte danois censé se passer en Europe. Mais admettons que le film se passe dans les Caraïbes, pourquoi pas. S'en est suivi Blanche-Neige, qui sera incarnée quant à elle par Rachel Zegler, autre jeune actrice s'étant faite remarquer dans le remake (encore un !) de West Side Story par Steven Spielberg l'an dernier, et ayant des origines à la fois colombiennes et polonaises. La levée de boucliers s'est faite de la part de gens qui tiennent à la couleur de peau du personnage "clairement" décrite dans le conte et le dessin animé comme son nom l'indique. Mais là aussi, malgré un teint pas aussi clair que la neige, ce n'est pas comme si on avait pris une actrice subsaharienne pour l'incarner.

  Mais Disney a encore passé un cap dans son prochain film live venant de se dévoiler au travers d'une bande-annonce, et qui sortira à la fin de l'été directement sur Disney+. Ce film, c'est bien sûr le reboot de Pinocchio par Robert Zemeckis, qui verra donc l'actrice cette fois "clairement" noire Cynthia Erivo interpréter la fée bleue donnant vie au célèbre petit pantin italien. Un choix de cast "clairement" mis en avant là aussi, puisqu'il vole la vedette au héros du film qu'on n'aperçoit qu'une fois dans le même plan de la bande-annonce.

  Là où les précédents choix de cast pouvaient encore se défendre ou se justifier, je commence personnellement à me demander quelle stratégie cynique Disney vise-t-il en créant à chaque fois le buzz avec ces choix de cast focalisés sur la couleur de peau pour faire parler de ces reboots et leur donner de l'intérêt... Certains parlent désormais d'une stratégie politique woke de plus en plus affirmée. On ne peut que leur donner raison avec ce type de méthode. Changer un personnage culte qui constituait la représentation ultime de la beauté féminine à une époque, une blanche blonde, par une noire chauve rappelant étrangement Jada Pinkett Smith (récemment défendue par son mari, monté sur scène aux Oscars pour gifler l'humoriste qui s'était moqué d'elle). Ce qui s'appelle casser les codes... mais certainement pas de manière subtile. Car ça ne sauterait pas autant aux yeux si le personnage n'apparaissait pas à la fin de la bande-annonce sur le même plan que le héros du film, après que cette dernière nous ait présenté tous les personnages de ce reboot rappelant ceux du dessin animé (à commencer par Tom Hanks qui fait un très convaincant Geppetto). Sauf la fée bleue, donc (qui tient sa couleur de sa robe qui au moins n'a pas changé, elle).

  J'en termine donc en me posant la question faisant l'objet de cet article : quel est le but de Disney dans cette démarche ? Faire réellement du wokisme forcené visant à faire réagir (et gueuler) les racistes ? Ou suivre bêtement et opportunément un courant pour se mettre dans la poche les minorités wokes et maintenir un certain intérêt pour leurs reboots inutiles ? Je pencherais plus pour la deuxième réponse. Bien sûr, Disney ne se cache pas d'avoir fait du wokisme une priorité ces dernières années (en témoigne le concert des fiertés LGBT+ à Disneyland Paris qui faisait sa pub ces dernières semaines), et cela transparait également dans les autres licences que le studio possède désormais. Mais on peut s'interroger sur le cynisme d'une telle démarche, particulièrement dans ce cas précis, où on change volontairement la couleur de peau d'un seul personnage de l'œuvre originale (et pas des moindres, même s'il ne s'agit pas encore de l'héroïne), en sachant pertinemment que cela va faire réagir négativement une partie du public. C'est aussi cacher la vacuité de ce type de projet (Robert Zemeckis ou pas) derrière ce choix de cast qualifié de progressiste alors qu'il vise davantage à faire parler de lui, en bien ou plutôt en mal. Ca donne l'impression que Disney est prêt à tout pour faire sa pub, y compris fracturer son public entre les wokistes convaincus et les autres qu'on traitera tous de racistes pour oser réagir à ce changement de représentation de la fée bleue. En allant encore plus loin, on peut même penser que c'est une façon pour Disney de se dédouaner de toute critique, en laissant ses fans wokes qualifier ses détracteurs de racistes.

  Voilà où nous en sommes désormais avec un studio d'animation historique dont le fondateur était réputé pour son antisémitisme voire son racisme (même à travers certains de ses premiers dessins animés), et qui aujourd'hui se sert de cet héritage pour retourner cette critique vers le public et cacher sa vacuité créative derrière le racisme d'un certain public qui n'accepterait pas que ses personnages cultes de dessin animé changent de visage et de couleur de peau. Et avec cela, nourrir encore plus le racisme dont ils se défendent désormais en prônant l'ouverture à travers les quotas.

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